LE PEUPLE ASMAT

Histoire et Culture

La région Asmat est localisée dans la province d’Irian Jaya, laquelle, occupant la moitié ouest de la Nouvelle Guinée, est l’île la plus grande au monde. La Nouvelle Guinée est située juste en dessous de l’équateur dans l’Océan Pacifique sud, 150 kilomètres au nord de l’Australie. L’île représente une superficie d’environ 800 000 M².

Le climat tropical présente des températures hautes et humides. La température varie de 22° C au petit matin à 33° C à midi. La région Asmat est une région humide tout au long de l’année.

La population Asmat a été observée par des explorateurs depuis le pont d’un navire en 1623. Un commerçant néerlandais, Jan Carstenz, enregistra les signes de cette découverte. Plus tard, le capitaine James Cook et son équipage furent les premiers explorateurs à poser pied en territoire Asmat le 3 septembre 1770. Selon le journal du Capitaine Cook, les guerriers Asmat ont engendré une telle peur que les explorateurs se sont alors retirés.

Durant les 2 premières décennies du XXème siècle, tous les objets fabriqués par les Asmat furent rapatriés en Europe où ils suscitèrent une grande excitation.


En 1938 est établi le premier poste permanent d’étrangers à Agats, à la suite d’une volonté gouvernementale et de patrouilles missionnaires sur la région. En 1942, ce poste a été fermé en raison de la seconde guerre mondiale.

Après la guerre, Fr. Zegwaard, missionnaire hollandais du Sacré Cœur, commença des missions de Mimika jusqu'en Asmat. Ce dernier rétablit le poste à Agats, qui devait devenir le siège social gouvernemental et la base pour les missionnaires Catholiques et Protestants. En 1958, les quatre premiers missionnaires Crosier, en provenance des Etats-Unis, sont arrivés en Asmat.
En 1962, le gouvernement Indonésien reprit aux hollandais la partie Ouest de la Nouvelle Guinée, apportant ainsi beaucoup de modifications pour la population Asmat, mais également pour leur région.

Pour apprécier les Arts Premiers Asmat, l’une des conditions fondamentales est la compréhension de l’environnement et du milieu d’où est issu l’artiste. Bien que la région Asmat puisse être considérée comme une région ensoleillée, agréable à vivre, la réalité du terrain y est contraire. L’environnement est très hostile. Les marais remplis de sédiments sont à peine au dessus du niveau de la mer, presque constamment innondés par les marées quotidiennes et les pluies torrentielles. La boue est un fléau constant de la vie. Les jungles, étouffées par d’énormes arbres, buissons et ronces, sont extrêmement difficiles à pénétrer. Le passage d’un endroit à un autre de la jungle se fait essentiellement à l’aide de pirogues, grâce à de nombreux cours d’eaux sinueux.

Peu d’animaux de grande taille vivent dans cette étendue sauvage. Seuls, sangliers sauvages et chiens domestiqués ont été recensés. A l’inverse, de nombreuses petites espèces telles que les marsupiaux, les rats et les roussettes, sont présentes. Les reptiles, comme les crocodiles, les lézards et les serpents, trouvent dans les marais un habitat humide et agréable. Les fleuves, quant à eux, fournissent les poissons, les mollusques et certaines races de tortues. Une relative grande variété d’oiseaux, à l’exemple du calao, du cacatoès, du pigeon de couronne et de l’oiseau de paradis parmi les plus connus, gratifie la jungle de chants aussi bien musicaux que rauques. Les espèces et le nombre d’insectes semblent illimités.

Aucune pierre ni métal ne sont originaires de cette terre située au sud-ouest de la Nouvelle-Guinée. La poterie n’a pas été développée, de même, le jardinage et l’agriculture sont impraticables. Cependant, si la jungle était déboisée, le sol serait fertile surtout là où l’on peut noter la présence de tourbe, mais seulement pour 2 types de plantations. Malgré tout, les fortes pluies (5080 millimètres par an) et les marées quotidiennes s’opposeraient à une telle éventualité.

L’eau salée des rivières et le lait de coco sont les boissons les plus courantes. La nourriture provient essentiellement de la jungle et de ce que l’on peut trouver dans l’eau. La base du régime Asmat est le sagou, un amidon grossier réalisé à base d’huile de palme. Le poisson, le sanglier sauvage, les oiseaux, les fruits et, occasionnellement les crocodiles, font aussi partie de la nourriture. Les larves du scarabée Capricorne, souvent appelées larves de sagou et les rats sont aussi mangés.


La population Asmat s’élève maintenant à environ 65,000 individus. Beaucoup vivent dans des endroits reculés des montagnes Jayawijaya, dans la moitié ouest de l’île et restent difficiles à contacter. Ils vivent dans des villages dont la population varie de 35 à 2 000 personnes. Dans les régions côtières, les villages se situent en général le long des courbes des rivières. Dans le passé, la hauteur des tours de guet et des cabanes pouvaient parfois atteindre de 30 à 60 mètres au-dessus du sol, afin de mieux pouvoir surveiller l’approche des ennemis.


Les Asmat sont traditionnellement des chasseurs nomades. Utilisant les rivières comme voies de circulation, ils pagayaient sur leurs canoës à travers la forêt, à la recherche de poissons, fruits, sagou et de légumes récoltés dans de petits jardins. Les Asmat pensaient être « Les Vrais Etres » en contradiction aux autres. « Les Asmat s’appelaient eux-même les propres Asmat. Nous, Les Vrais Etres, par contraste avec l’âme des morts, les autres esprits et autres gens vivants à côté. » (Tobias Schneebaum, EMBODIED SPIRITS : Ritual Carvings of the Asmat, 1990 p. 12.). On pourrait les appeler les Hommes des Arbres. Une création mythique a fait des Asmat des graveurs sur bois et des joueurs de tambours pour lui donner la vie. Ils se comparaient fréquemment à un arbre : les pieds pour les racines, le torse pour le tronc, les bras pour les branches et la tête était le fruit de l’arbre.

La sculpture sur bois est la personnification des esprits qui contrôlent l’univers. Pour garder le cosmos en ordre, les Asmat ont apaisé leurs ancêtres à travers la sculpture, les festins rituels, la guerre, le coupage de tête et le cannibalisme. Les sculptures mettent en évidence l’interdépendance vitale entre le tangible et l’intangible.

Garder un équilibre dans le cosmos est crucial pour la survie et l’ordre de la société Asmat. La balance doit être maintenue entre l’âme spirituelle, les ennemis, la famille et l’environnement. Réciproquement, du maintien de l’équilibre résulte l’harmonie.

Les chasseurs de têtes partent en quête pour cet équilibre. L’esprit de ceux tués par les chasseurs de têtes ne peuvent rejoindre le Safan, monde spirituel, tant qu’ils n’ont pas atteint un nombre égal de personnes tuées parmi ceux qui ont causé le déséquilibre. La mort causée par de la magie malveillante engendrera la même réponse. Restaurer cet équilibre, sans revanche, est donc le but à atteindre.

Le monde animal est aussi en balance avec celui des humains. Une histoire raconte : « Titokon d’Erma possèdait une extraordinaire magie pour la chasse aux crocodiles. En vendant la peau,..... il obtenait beaucoup de biens précieux, qui amélioraient sa notoriété dans le village.... . Un jour, cependant, son fils se noya. Titokon en a immédiatement conclu que l’esprit d’un crocodile qu’il avait tué s’était vengé en lui prenant son fils. Il cessa alors la chasse aux crocodiles pour plusieurs années. Un jour, il ne sentit plus cette animosité.... Il reprit la chasse avec la même chance. Aussitôt après, son petit-fils mourut, il était clair que cette animosité n’avait pas réellement cessée. Titokon ne chassa plus les crocodiles.» (Sowada, "Primary Asmat Religions and Philosophical Concepts", EMBODIED SPIRITS : Ritual Carvings of the Asmat, Schneebaum, 1990, p. 69.).

La puissance du mâle est très évidente dans l’art Asmat. Le tsjemen (pénis) des bisj (ancêtre) en est l’exemple le plus frappant. Le caractère viril, l’intrépidité, la bravoure et la mort de leur ennemis caractérisent leur puissance. L’aspect des représentations aussi bien mâle que femelle est correct dans l’art Asmat.

La reproduction humaine n’est pas très bien comprise. Les Asmat croient qu’une femme tombe enceinte grâce à une grenouille verte des arbres posée sur son épaule – actuellement, un esprit cherchant la réincarnation dans une femme en fera une bonne mère. Le fait de passer à côté ou de boire certains tourbillons à la jonction des rivières, là où les esprits vivent , peut aussi conduire à la grossesse. La semence nourrit le foetus dans l’utérus pendant que l’action du pénis pendant les rapports transforme l’embryon en forme humaine.

Les rapports entre mari et femme ne sont pas permis jusqu’à ce que le dernier enfant ne marche. Une méthode efficace d’éloignement de l’enfant pour la personne qui en avait la charge, était de penser que les rapports généraient une telle source d’énergie dans la cabane que l’enfant n’était pas capable de la supporter.

Les démonstrations affectives en public entre hommes et femmes étaient rares. Les hommes, cependant, peuvent marcher main dans la main dans la rue. L’échange de femmes, ou papisj, est une obligation familiale et peut même concerner un village entier. Cela engendre alors des obligations sociales comme l’assistance mutuelle en cas de guerre et la prise en charge des malades. Les pactes d’Imui célèbrent l’amitié entre une femme et une autre femme ou entre un homme et un autre homme vu, pour elle ou lui, comme un ami intime et personnel. Evalué comme une obligation permanente au cours de la vie, le fait de rompre le pacte Imui est perçu comme une infraction sociale sérieuse. Des débats existent entre les chercheurs et les anthropologues pour savoir si les pactes Imui doivent être considérés comme sexuels ou seulement personnel et social.

La vie et la mort font partie d’un cycle pour les Asmats qui se déplacent çà et là, entre le monde physique et la vie dans le monde des esprits. La naissance et la mort sont des façons d’équilibrer la population entre ces 2 mondes, de garder l’équilibre du cosmos. La renaissance n’est pas une punition des actes passés, mais ne permet pas non plus d’avancer dans une vie spirituelle.

L'ensevelissement est habituel aujourd'hui. À cause du manque d'embaumement, la chaleur et l'humidité exigent que l'ensevelissement se produise le jour de la mort. Les hautes crues rendent les ensevelissements difficiles, les corps sont attachés en croix à des brindilles dans les tombes afin de ne pas flotter. Traditionnellement, quelques villages enterraient toujours les morts, alors que d’autres plaçaient les corps sur des racks à la sortie du village. Dans le sud du pays Asmat, les crânes ancestraux sont utilisés comme oreillers et on y a suspendu autour, une partie du cou, pour garder en vie la mémoire du décédé, et la présence de son esprit, le tout comme une protection.

Pour les Asmat, la sculpture fait partie intégrante de la vie rituelle et spirituelle de la communauté. Leurs sculptures agissent comme des médiateurs entre la société et le monde de leurs ancêtres. Les Asmat croient que les esprits, spécialement ceux de leurs ancêtres, contrôlent l’activité de leur vie. A travers les sculptures, les Asmat rentrent en contact direct avec leur ancêtres. Chaque sculpture est nommée pour quelqu'un qui est mort récemment. Dès que la sculpture est nommée, elle personnifie l'esprit de cette personne. Les sculptures jouent un rôle-clé dans nombre de cérémonies Asmat ainsi que dans les festins qui y sont associés.

Les boucliers sont puissants non seulement comme armes lors des guerres, mais aussi comme artifices protecteurs contre les esprits malveillants et les fantômes. Les boucliers sont placés près des portes extérieures de la maison familiale ou couchés sur le sol, bloquant l’entrée, ainsi les ancêtres peuvent garder la maison pendant l’absence de la famille. Durant les festins, les boucliers sont souvent disposés en groupe afin que l’énergie d’un seul soit additionnée à celle de son voisin, l’effet cumulatif investissant alors les guerriers d’un énorme courage, d’endurance et d’une grande habileté avec les armes. Les lances et les flèches n’étaient pas seulement utilisées pour la guerre, mais étaient aussi utilisées pour la chasse d’animaux et d’oiseaux.

Le pays d’Asmat peut être divisé en 4 parties différentes, chacune ayant son propre type de sculptures, incluant des formes distinctives de boucliers et des motifs particuliers. Dans ces quatre zones géographiques, les boucliers de guerre étaient fabriqués à partir de la partie renforcée des racines des arbres des mangroves, ou d’autres rhizophores. Dans le passé, les os et les coquillages étaient utilisés pour créer le design des sculptures ; aujourd’hui le métal les a remplacé.

Les boucliers en provenance de la côte et du centre d’Asmat sont de forme rectangulaire avec une forme phallique située en haut du bouclier, appelés le « cemen » (pénis).
Les boucliers des villages situés au nord–ouest d’Asmat sont plus larges et plus ovales et sont plus souvent appelés « poisson raie », car la tête du bouclier est complètement séparée du reste. C’est dans les villages de Tjitalk ou Kaunak situés à l’est d’Asmat que sont faits les plus grands boucliers. Le haut, arrondi, représente une tête humaine abstraite. La base est plate. Les boucliers de la rivière Brazza ressemblent à ceux des villages de Tjitak hormis le haut du bouclier qui finit en pointe aigüe. En haut, une paire d’yeux ronds et un nez représentent l’ancêtre, et le bouclier prend le nom de cet ancêtre.

En ce qui concerne la fabrication d'un tambour, voici comment procède le sculpteur ; après avoir choisi la section de la bûche à travailler, il y place de la braise pour la carboniser. Avec un morceau de bois taillé, il sculpte l’intérieur. Quand le tambour est prêt, il scelle une peau de lézard avec une colle faite a base de sang humain et de citron vert. Le sang, provenant des mollets du futur propriétaire est mélangé avec le citron vert et appliqué sur le bord du tambour pour maintenir la peau du lézard. Le sculpteur y place également des bouchons de cire d'abeille, la tête du tambour prend alors forme avec la chaleur du feu. On tient le tambour par des poignées et on y joue assis, le tambour entre les jambes.

Bien que le tambour dans son intégralité soit dédié à une personne récemment décédée, on peut aussi donner des noms aux petites figurines se situant sur les poignées.