LE PEUPLE KAMORO

Timika

Depuis longtemps, bien avant que les historiens n'atteignent la côte sud de l’Irian Jaya, les Kamoro occupaient leurs terres ancestrales s’étendant sur environ 300 km le long de la mer Arafura, de la baie Etna aux territoires Asmat. Leur population d’environ 15 000 individus se divisait entre plus de 40 villages.

 

Les terres kamoro occupent une petite portion de l’impressionnante île de la Nouvelle-Guinée, la 2ème plus grande île du monde après le Groenland. Cette île est divisée presque proportionnellement entre ce qu’est maintenant la Papouasie Nouvelle-Guinée (indépendante) et la province indonésienne d’Irian Jaya/ Papua. Cette île fut l’une des dernières à être explorée et il y reste peut-être quelques intouchables tribus vivant dans la jungle.

 

Depuis quelques décennies, de nombreuses études nous dévoilent le peuple Kamoro. Ces 50 dernières années, d’importants changements ont touché les Kamoro. Leur population qui représentait environ 97 % de la population totale du district de Mimika dans les années 60, ne représente plus à l’aube de l’an 2000 que 15%. Ceci est dû à un fort mouvement de migration des Indonésiens pour cette région dans laquelle s’installait alors la compagnie Freeport.

 

Pour les Kamoro et selon leur culture, ils sont les véritables, les vrais humains (Kamoro ou Asmat) en contraste avec les autres. Ils sont contre les fantômes et les esprits. Eux, humains, vivent entre 2 mondes, celui des ancêtres et le monde supérieur. Les Humains n’habitent pas la terre c’est simplement un couloir à travers lequel circulent les vivants et les morts, esprits humains, animaux et végétaux. Ces notions sont importantes pour les Kamoros.

 

Pour les Asmat, les Kamoro sont comme les objets qu’ils vénèrent. Les Kamoro sont plus faibles de caractère et moins agressifs que les Asmat. Alors que les Asmat réalisent des totems (bisj) à chaque fois qu’ils tuent des ennemis, les Kamoro, eux, en ont des similaires (mbitoro), mais réalisés pour leur part pour vénérer les ancêtres : deux conditions extrêmes.

 

Caché par la plus riche et la plus dense mangrove, le peuple Kamoro vit un mode de vie semi-nomade, déplaçant leurs quelques affaires entre la forêt de sagou et les côtes où ils pourront pêcher. Le sagou, principale nourriture de Kamoro, ne suffit pas pour l’équilibre alimentaire car il ne contient pas de protéines. Les Kamoro complètent essentiellement leur alimentation par la pêche, mais aussi par la chasse des cochons sauvages,oiseaux de Kassouari, marsupiaux, ... . Le territoire des Kamoro leur fournit une abondante et suffisante nourriture tout en étant variée. Mais les dons de la nature posent un problème aux Kamoro : ayant une nourriture basique à portée de main, ils ne voient pas l’utilité d’en changer en fonction des avancées et du progrès.

On compte déjà un certain nombre de compagnies implantées sur les terres Kamoro, apportant seulement quelques emplois temporaires. Beaucoup de leurs terres ont été prises sans leur consentement. Le monde moderne s’introduit chez les Kamoro et pour rester un peuple viable et survivre, ces derniers doivent s’adapter et en tirer le meilleur parti. Comme tout groupe, les Kamoro doivent comprendre, préserver, et être fier de leur culture afin de maintenir les bases de celle-ci et affronter solidement le monde moderne.

Beaucoup de Kamoro perdirent cependant au fil du temps la fierté et la connaissance de leur culture. Le festival Kamoro a été instauré pour inverser cette tendance et encourager le peuple à restaurer cette fierté dans les anciennes traditions.

Ce festival, aussi connu sous le nom de Kamoro Kakuru, a montré qu’il permettait de faire connaître les arts et la culture Kamoro à un large public tout en leur générant un modeste revenu. En effet, des ventes aux enchères des sculptures Kamoro sont organisées lors du festival et vous pourrez également admirer des danses traditionnelles, courses de canoës ou encore déguster des plats typiques.

 

Bien que de plus en plus de Kamoro montrent un intérêt pour la sculpture, peu en retire un revenu suffisant car seulement quelques-uns font de bonnes sculptures. Beaucoup apprennent l’art de leur parents, mais ils ont encore beaucoup à apprendre. Légèrement différent de l’art Asmat, le travail des Kamoro varie des mbitoro, yamate (sorte de bouclier), et wemawe (sculpturede l’ancêtre en position coude sur les genoux) aux tongkat (baton de marche), eme & tifa (tambour) et mbiikas masques (grands masques recouvrant la tête et les épaules portés lors des cérémonies). Comme en Afrique, Océanie, la société Kamoro produit de magnifiques sculptures, des pièces ayant de puissantes expressions, aux lignes simples. 

Il y a longtemps, avant l’intrusion du monde extérieur, les sculptures en bois du peuple Kamoro élevaient ces derniers parmi les meilleurs sculpteurs, aux cotés des célèbres Asmat, leur plus connus voisins. Comme les autres sociétés traditionnelles, l’art primitif des Kamoro faisait part entière avec leur culture, les pièces les plus spectaculaires ayant des fonctions essentielles dans leur vie religieuse. Mais avec l’arrivée de l’église catholique, les sculptures perdirent leur raison d’être.

L’art des Kamoro était destiné à mourir. Presque mais pas totalement. Des pièces étaient toujours réalisées pour des cérémonies, essentiellement des initiations, qui étaient cependant expurger par l’église : les nez percés et les positions sexuelles sur les statues étaient interdites.

 

En ce qui concerne l’organisation sociale des Kamoro, elle n’est pas encore bien développée; il n’existe pas encore de structures dirigeantes qui supervisent toute la communauté. Chez les Kamoro, les terres appartiennent à des clans appelés taparu, et non pas à des villages ou à des tribus en tant qu’une seule unité. Et aucun des villages Kamoro n’est désigné comme leader de tous les autres. Par conséquent, les structures leader, tel que les chefs de village, sont imposées pour le confort du monde extérieur. Les Kamoro ne fonctionnent pas sur le système : le chef prend les décisions et le peuple suit docilement. La société Kamoro est basé sur les taparu (clans,groupes), ayant chacun des patriarches (toujours hommes), qui possèdent et contrôlent une grande part des terres.